Conférence nationale sur les déchets ménagers : quelles solutions possibles pour un modèle vertueux ?

Date : 17/03/2021

300 participants ont suivi en ligne les échanges entre les spécialistes du secteur des déchets qui débattaient à l'occasion de la 4e Conférence nationale sur les déchets ménagers qui s'est déroulée le 4 mars. Ils ont établi un constat unanime : ce domaine a besoin d’une réelle approche pédagogique et d’une stabilisation de son cadre législatif et fiscal.

Après une année hors du commun en raison de la crise sanitaire et face à l’ampleur des défis, la responsabilité collective doit prendre corps. Le constat est posé, et large­ment partagé par tous les intervenants : élus, partenaires institutionnels, acteurs économiques.

SORTIR D’UNE TGAP PUNITIVE

« Nous sommes dans la recherche positive pour trouver ensemble des solutions pour préserver la planète, et faire en sorte que, demain, il y ait de moins en moins de déchets », indique Eric Cesari, Président du Syctom. L’ampleur de la tâche suppose toutefois que certaines conditions soient réunies : « il y a des contraintes lourdes et l’État ne nous accompagne pas suffisamment. Nous avons besoin d’une politique environnementale digne de ce nom et de sortir d’une TGAP punitive », poursuit-il. Un enjeu soulevé à multiples reprises par les intervenants, qui critiquent une taxe injuste et inéquitable alors que les défis à relever nécessitent au contraire d’investir dans des solutions vertueuses comme celle de la valorisation énergétique.

Pour Fabrice Rossignol, président de la FNADE, organisation professionnelle représentative des industriels de l’environnement, ce moment qui conjugue « Plan de relance, Loi Climat et nécessité de transition écologique, est l’occasion de peser dans les discussions et d’aller dans un sens toujours plus vertueux ».

DÉDIABOLISER LA VALORISATION ÉNERGÉ­TIQUE

Autre évolution nécessaire, soulignée par Martial Lorenzo, Directeur général des services du Syctom « la chaîne complète des solutions de traitement doit s’intégrer dans le tissu urbain et s’adapter aux spécificités locales ». Une proximité qui doit s’accompagner d’un effort de pédagogie pour certains projets mal compris, comme ceux en lien avec la méthanisation et la valorisation énergétique.

Pour Pierre Hirtzberger, directeur général des services techniques au Syctom, il faut « remettre de la science et de la rationalité dans ces sujets ». Anne Le Guennec, présidente de la Confédération des Métiers de l’Environnement, poursuit : « dédiabolisons la valorisation énergétique et faisons de l’incorporation des matières premières secondaires un enjeu industriel. »

ALLER VERS UNE ÉCONOMIE DE LA FONC­TIONNALITÉ

L’économie circulaire s’affirme nettement comme la solution viable, compatible avec la raréfaction des ressources. François-Michel Lambert, député et président de l’Institut de l’Economie Circulaire, dessine quatre leviers politiques pour l’engager : « fiscalité, réglementation, incitation et montée en compétences. ».

Olivier Babeau, économiste et président de l’Institut Sapiens, conclut sur la nécessaire émergence d’une économie de la fonctionnalité. « Il faut aller vers une économie de marché plus ingénieuse. C’est pourquoi l’éco-conception doit intégrer tous les opérateurs économiques et ne pas reposer sur les seules collectivités territoriales. » Une certitude, partagée par tous les intervenants : l’implication de chacun est nécessaire pour être à la hauteur des enjeux.

L'intégralité de la conférence en vidéo

Déchets ménagers : opinions et comportements

La conférence a été l’occasion de partager les enseignements du 1er observatoire « Citoyenneté et déchets ménagers » mené par l’institut Viavoice pour le Syctom auprès de 1 000 personnes.

Sur la thématique des déchets ménagers, le confinement a fait bouger les esprits puisque 84 % des sondés se sentent concernés par leur production de déchets.

Côté connaissance, les résultats sont plus fragmentés, avec 25 % de répondants qui connaissent le traitement et la valorisation des déchets.

Enfin, des freins financiers entravent encore le passage à l’action : si 80% des personnes trouvent pertinent de moins produire de déchets, seule 1 sur 5 est prête à payer le coût de l’éco-conception.

Face à ce décalage entre l’urgence à agir et la capacité à réagir, un impératif émerge : faire preuve de pédagogie, en donnant une image positive à la pratique du réemploi, de la réduction des déchets et de la consommation raisonnée.