Le gouvernement ouvrira jeudi un cycle de concertation sur le plastique et la consigne et cette initiative est utile. Nous y aurions d’ailleurs eu toute notre place. Je vais ici nommer le risque qu'elle porte : celui de confondre le traitement d'un symptôme avec la guérison d'une maladie.

La consigne pour recyclage ? Une transfusion qui aggrave l'hémorragie.

Derrière une apparence de progrès écologique, la consigne valide implicitement un modèle fondé sur la surproduction d'emballages à usage unique, dont la collecte et le traitement resteraient largement à la charge du service public et des contribuables.

La preuve : 1,5 million de tonnes de plastiques ont été produites en 1950 dans le monde, c’était 360 millions (dont 62 millions en Europe) en 2018 et cela pourrait tripler à l’horizon 2050 pour atteindre 1 milliard de tonnes par an. Quant à la consigne pour recyclage, si nous prenons l’exemple de l'Allemagne, il est le pays européen qui fabrique (et consomme !) le plus de plastique. Le déversement n’a pas été contenu, au contraire, il s'est accéléré.

C'est aussi une double peine pour les citoyens. À titre d’exemple, le prix des bouteilles d’eau augmentera mécaniquement par la mise en place d’une consigne. Et les syndicats publics de traitement comme le Syctom, privés des recettes issues de la valorisation du plastique collecté en bac jaune, devront compenser ces pertes sur le budget des collectivités et donc des ménages, alors même que nous avons massivement investi ces dernières années pour moderniser nos centres de tri.

Par ailleurs, depuis janvier 2023, les consignes de tri sont unifiées sur tout le territoire français. Les taux de recyclage progressent, les citoyens ont majoritairement compris et intégré le geste. La consigne viendrait tout rebattre, semer la confusion, au risque de faire chuter ces résultats durement acquis.

Et rappelons-le, le plastique ne se recycle qu'une à trois fois et il génère de la pollution tout au long de son cycle de vie.

En tant que Président du Syctom, je le mesure chaque jour dans nos centres de tri : aucun service public, aussi performant soit-il, ne peut compenser indéfiniment l'emballement de la production.

On ne stoppe pas une hémorragie sans faire pression sur la source. Il faut réduire drastiquement la production d'emballages plastiques à usage unique avec des objectifs contraignants pour les metteurs sur le marché, pas seulement des incitations. Cela suppose également d'investir sérieusement dans la recherche et le développement pour accélérer l'écoconception. Nous avons besoin de matériaux réellement réemployables ou véritablement recyclables, conçus pour être durables à chaque étape de leur cycle de vie. C'est là que se joue la rupture industrielle, génératrice d'emplois et de souveraineté. Les collectivités locales gestionnaires des déchets ont proposé 14 actions très concrètes au Gouvernement en 2023 allant dans ce sens, qui n’ont pas été reprises ni même étudiées.

La vraie question de cette concertation ne doit donc pas être "comment mieux recycler ?" mais "comment produire moins ?"