Corentin Duprey, Président du Syctom, publie dans Les Echos du 30 avril 2026 une tribune dédiée à l’incontournable nécessité de limiter l’usage du plastique. Sortir du « tout‑plastique » est aujourd’hui une urgence sanitaire et environnementale, mais aussi, à l’heure des crises géopolitiques impactant l’industrie de la plasturgie fortement dépendante des hydrocarbures, une nécessité économique et un enjeu de souveraineté.

Une production en constante augmentation

Le plastique est omniprésent et fait désormais partie intégrante de notre quotidien et de nos habitudes de consommation. En 1950, 1,5 million de tonnes de plastiques étaient produites dans le monde. En 2018, ce chiffre atteignait 360 millions de tonnes (dont 62 millions en Europe) et pourrait tripler à l’horizon 2050 pour atteindre un milliard de tonnes par an.

D’après les chiffres du Plan plastique 2025‑2030 du ministère de la Transition écologique, de la Biodiversité, de la Forêt, de la Mer et de la Pêche, la France produit chaque année 4,5 millions de tonnes de déchets plastiques, soit près de 70 kg par habitant. Sur ce volume, 4,4 millions de tonnes sont collectées, mais seulement 23 % sont recyclées.

Un impact environnemental et sanitaire majeur

Majoritairement issu des énergies fossiles, et notamment du pétrole, le cycle de vie des plastiques — de l’extraction des hydrocarbures à la production, jusqu’à l’usage et à la dégradation — génère de nombreux gaz et polluants aux effets délétères sur l’environnement et la santé humaine.

Une étude parue dans The Lancet Planetary Health, menée par des scientifiques français du centre INRAE Occitanie‑Toulouse et des chercheurs britanniques, quantifie les impacts néfastes des plastiques sur la santé humaine tout au long de leur cycle de vie. Elle estime que, si l’usage des plastiques reste inchangé, 83 millions d’années de vie en bonne santé pourraient être perdues à l’échelle mondiale d’ici à 2040.

Un impératif de réduction

Pour Corentin Duprey : « Nous ne résoudrons certainement pas le problème uniquement à coups de consigne pour recyclage, de retour du tri sur ordures ménagères résiduelles ou d’augmentation de la fiscalité pour les collectivités locales, comme la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP). Aucun service public de traitement des déchets, aussi performant soit‑il, ne peut compenser indéfiniment l’emballement de la production. Dans les centres de tri comme dans les flux d’ordures ménagères, une même réalité s’impose : il faut réduire. »

S’il ne s’agit pas de supprimer totalement le plastique — certains usages, liés à des propriétés uniques, restant indispensables — l’objectif est de l’utiliser avec justesse, là où il est réellement utile. Cela implique de :

  • réduire drastiquement et structurellement nos besoins, afin de répondre à l’impératif d’indépendance et de souveraineté plastique, ainsi qu’aux enjeux économiques ;
  • réduire tout aussi drastiquement, voire supprimer, la production d’emballages à base de matériaux non réemployables ;
  • diminuer massivement la place du plastique dans notre économie, en intégrant des évaluations prenant en compte l’impact des plastiques dans tous les secteurs, y compris lors de leur utilisation. Cela suppose notamment une information claire sur la composition des plastiques, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

« La réduction de notre dépendance aux plastiques constituerait ainsi un levier de souveraineté industrielle et de création d’emplois, notamment par le développement de filières plus respectueuses de l’environnement et moins nocives pour la santé ».

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